Depuis ce matin, j’ai croisé plusieurs partages Facebook et Twitter d’un article de Richard Martineau intitulé Un meurtre dégueulasse. On y parle de confiance en soi et de relation abusive.

Inspiré par le meurtre probable de Christine St-Onge par son conjoint, cet article suggère que ça ne prend que de la confiance en soi pour quitter un agresseur. Qu’il faut éduquer les hommes à être respectueux et apprendre aux femmes à écouter leur voix intérieure.

OK, oui. Mais.

Confiance en soi et relation abusive : c’est pas si simple

Je ne vais pas perdre mon temps à expliquer à monsieur Martineau à quel point son texte me décourage. J’aimerais simplement m’adresser aux gens pourtant très sensés qui ont partagé cet article depuis ce matin, en hochant de la tête et en donnant du #GirlPower.

Il faut comprendre qu’il y’a une différence entre rompre avec un bad boy tannant qui te trompe ou qui te pique tes sous et se libérer de l’emprise d’un manipulateur violent, que cette violence soit verbale ou physique.

Dans le premier cas, tu termines la soirée avec tes copines à mettre des photos du gars en feu dans l’évier, en buvant de la tequila. Pis dans le pire des cas, tu dois bloquer le dude sur Instagram le lendemain pour qu’il te fiche la paix.

Dans le deuxième cas, si tu oses partir, tu te fais attaquer verbalement dans le corridor en sortant de ton cours. Ton ex vient te harceler au bureau et fait une scène devant ton patron. Il entre chez toi avec le double que tu lui avais donné et te viole après avoir tout démoli dans ton appartement. Ou il te tue. T’as pas le droit d’exister sans lui. T’es morte.

Il t’arrive tout ça parce que ton ex n’est pas juste contrarié ou triste que tu le laisses après que tu aies trouvé ton courage. Il n’accepte pas que tu lui retires le contrôle de ta propre vie des mains. C’est un monstre contrôlant et dangereux pour ta vie.

Même les plus courageuses d’entre nous auront de la difficulté à trouver une porte de sortie dans ce type de relation.

Je sais tout ça parce que je suis passée par là quand j’étais plus jeune, avec un de mes premiers chums.

Oui moi, une fille qui a quand même du guts et qui a très confiance en elle. Même un peu trop, par moments.

Ça n’est pas quelque chose dont je parle souvent. Parce que j’ai eu honte de rester aussi longtemps dans une relation détraquée comme ça.

Mais j’avais très peur de partir, vous comprenez?

Peur des soirées de cris et de reproches si je tentais de lui expliquer que je n’étais pas bien.

Peur qu’il me fasse du mal, comme la fois où il m’avait rentrée dans un mur en me reprochant d’avoir passé trop de temps à parler avec un ami pendant une fête.

Peur de sa réaction si je le quittais, lui qui me menaçait de se suicider si je partais, comme si c’était un geste romantique.

J’ai fini par me libérer en demandant l’aide d’une amie qui m’a vraiment soutenue.

Deux jours après notre rupture via une lettre laissée sur sa table et quelques appels ignorés, sa soeur m’a téléphoné en me disant qu’il était à l’hôpital suite à une surdose légère de médicaments. J’ai refusé d’aller le visiter et ça s’est arrêté là.

J’ai été chanceuse.

Aussi, les réseaux sociaux n’existaient pas à l’époque, ce qui a beaucoup aidé, comparativement à ce que les femmes peuvent vivre de nos jours. Mais est-ce que j’ai manqué de cran parce que ça m’a pris plus d’un an à me rendre à une séparation? Je ne crois pas.

J’ai jamais vraiment parlé de cette histoire à ma famille parce que pour moi c’est du passé. (Inquiète-toi pas maman, tout va bien depuis.) Je vous avoue même que ça faisait des années que je n’y avais pas vraiment pensé. Mais je trouvais ça important de partager mon expérience avec vous.

Je sais que les gens qui partagent l’article de Martineau veulent bien faire et croient donner une lueur d’espoir aux femmes qui sont dans une mauvaise relation.

Est-ce que celles qui partagent cet article savent vraiment c‘est quoi, une mauvaise relation? Ont-elles déjà été séduites par un homme (ou une femme, han) qui s’est transformé en être violent et possessif sans crier gare après quelques mois de bonheur?

S’il vous plaît, je sais que vous voulez bien faire, mais arrêtez de dire aux femmes d’être courageuses et de travailler sur leur estime de soi. Les bonnes intentions sont là, mais vous n’aidez pas.

À celles qui vivent présentement dans une relation dangereuse

Si vous avez besoin d’aide pour quitter une relation qui vous fait du mal physiquement ou mentalement, parlez avec des gens de confiance ou communiquez avec SOS violence conjugale en ligne ou au 1 800 363-9010. Ça ne vous engage à rien et ça va vous aider à trouver une solution sécuritaire. Confiance en soi et relation abusive ne sont pas liées, comme vous pourriez le croire.

Note : j’utilise un langage de femmes vs hommes car je parle d’une expérience personnelle. Bien sûr, la même dynamique peut avoir lieu chez toutes sortes de types de couples.

Photo : vidhyaa chandramohan sur Unsplash