Ça n’est pas une nouvelle que le boom des blogues a entrainé de nouveaux réflexes quand à la création de contenus pour les marques. Attirés par l’habileté qu’ont plusieurs créateurs de contenus à créer des communautés très actives autour de leurs plateformes, les publicitaires, les boîtes de RP et les groupes media les sollicitent de plus en plus.

Bien sûr, la majorité des gens ne bloguent pas pour se créer un boulot, mais les blogues qui publient des contenus commandités sont assez nombreux pour parler de nouveau média. Sans oublier les stars d’Instagram et les Youtubers. Il est aussi intéressant de remarquer le changement d’attitude envers les contenus rémunérés. Auparavant, les créateurs avaient presque honte d’admettre qu’ils en faisaient, de peur d’être perçus comme des vendus.

Cette photo n’étais pas un contenu commandité. Je suis juste vraiment in love avec le Diet Coke pis j’avais le goût d’en parler sur Instagram, vu que j’avais le même look.

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Maintenant, les gens sont beaucoup plus à l’aise et la transparence est de mise. Il en revient donc aux auteurs d’être honnêtes et aux lecteurs de consommer ou non ce type de contenus rémunérés. Pour les créateurs de contenus, il est important de trouver l’équilibre et de ne pas laisser leurs plateformes être envahies par les commandites. Dans mon cas, j’accepte seulement quelques propositions à chaque mois (if that) et j’ai aussi retiré la publicité et les bannières qui étaient autrefois chose courante sur Tellement Swell. À chacun sa ligne éditoriale.

Un exemple de collaboration récente avec l’équipe de Châtelaine, des gens extraordinaires.

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Avant d’aller plus loin, j’aimerais partager avec vous quelques faits, question de ne pas me faire dire que je suis en train de jouer une complainte sur le plus petit violon au monde :

  • La grande majorité de mes contenus ne sont PAS commandités.
  • Je fais en moyenne deux contenus commandités par mois. Ils sont toujours identifiés.
  • Je suis vraiment privilégiée d’avoir autant de belles opportunités grâce à mon blogue. J’en suis consciente.
  • Je travaille en moyenne 15 heures par semaine sur mes plateformes, alors je ne me qualifierais pas nécessairement de «chanceuse». Je vous rappelle que j’ai aussi un emploi qui occupe pleinement mes journées (et parfois mes fins de semaines).
  • Plusieurs blogues québécois ont beaucoup plus de lecteurs que certains magazines populaires

Sur Tellement Swell, j’ai le plaisir de collaborer avec des gens très respectueux, qui comprennent que mon blogue est un magazine personnel, et non un babillard. Rémunérées ou non, mes collaborations avec ces gens sont réalisées avec un respect mutuel. Mais, trop souvent, on prend les blogueurs et les journalistes pigistes pour des imbéciles en nous proposant sans préambules de créer des contenus très commerciaux en échange de… rien du tout. Ha non, c’est vrai! On nous offre de la visibilité. Mais quelle valeur a cette visibilité? Mon ami Lisa Ng du blogue This Beautiful Day me disait hier «Dans le passé, j’ai fait quelques contrats où j’échangeais mes contenus contre de la visibilité sur les plateformes de très grandes marques. Les retours furent minimes en termes de traffic, si on considère l’effort.» Et même pour les contrats rémunérés, il arrive parfois que ça tourne au vinaigre du côté des livrables, comme dans ce cas vraiment LOL publié sur le blogue A Beautiful Mess. À lire absolument, si vous débutez dans le domaine.

Si ça me fait énormément plaisir de donner le micro à des petites marques locales qui ont besoin d’un coup de pouce ou de couvrir gratuitement un événement caritatif proposé par une grande marque, je trouve ça pas mal décourageant quand une multinationale refuse de payer les créateurs de contenus pour ce qui est foncièrement de la publicité native. En quoi est-ce que ce travail n’a pas de valeur? C’est à n’y rien comprendre.

Produire un billet mode de style look book peut prendre des dizaines d’heures, si on calcule le choix des vêtements, le shoot photo, la rédaction des textes et la retouche des images. Créer une vidéo demande du temps d’idéation, de l’équipement, du temps de tournage, puis de montage. Il faut ensuite diffuser la vidéo sur son compte Youtube en la téléversant et en inscrivant toutes les informations utiles pour les abonnés et pour le référencement dans la boîte d’info. Ce travail demande souvent l’équivalent d’une journée de boulot.

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Récemment, dans le cadre d’un projet commercial, on m’a demandé de produire 100 (cent!) photos Instagram sur mon compte personnel en utilisant le mot-clic de la compagnie, le tout en échange de visibilité sur la page Facebook et une autre propriété web de la compagnie. J’étais vraiment perplexe en lisant le courriel, surtout qu’il mentionnait à deux reprises à quel point l’entreprise aimait mon blogue. J’ai répondu le plus poliment possible que ça ne m’intéressait pas, mais mon premier draft était un peu nucléaire.

Je ne suis pas la seule à recevoir ce type de sollicitations.

Voici quelques exemples que j’ai obtenu très rapidement après avoir demandé à mon cercle de créateurs de contenus de me raconter leurs anecdotes :

«Une fois, une compagnie m’avait proposé un projet et m’avait dit que les planificateurs ne connaissaient pas encore les budgets alloués, mais que ça allait se déterminer bientôt. Ils avaient déjà fait ça auparavant, donc je n’étais pas trop inquiète, alors j’ai publié la vidéo. Après la mise en ligne, on m’a remercié chaleureusement, alors j’ai demandé si le budget avait été déterminé et on m’a répondu «oh, je croyais avoir été claire qu’il n’y avait pas de rémunération pour ce projet là…» – Youtubeuse avec 1,6 million de vues.

«On m’a offert un sac cadeau en échange de ma présence à un événement pendant 3 heures, d’un article, puis de partages des publications sur mes médias sociaux, incluant aussi un lien vers un concours. Très LOL.» – Blogueuse mode/rédactrice en chef d’un site avec plus de 1,3 millions de pages vues par mois.

Reçu d’un magazine connu rempli de pub : «Bonjour, nous vous suivons sur Twitter et adorons votre approche. Seriez-vous intéressée à écrire un article de 750 mots sur (sujet) pour la semaine prochaine?» Moi : «Merci pour vos bons mots et d’avoir pensé à moi pour votre article. Puis-je tout d’abord connaître vos tarifs par feuillet?» Réponse : «Malheureusement, nous n’avons pas de budget, mais nous vous offrons une belle visibilité.» Moi : «Merci, mais non merci. Je ne peux malheureusement pas payer mon hypothèque avec de la visibilité. En vous souhaitant une bonne journée.» – Journaliste pigiste très réputé dans son domaine

«Une marque m’a approchée récemment pour un projet de capsules vidéos mensuelles (que je filme, monte et partage). On m’offrait 50$ par capsule. C’était pressant en plus.» – Youtubeuse avec plus de 350,000 abonnés.

«Une compagnie m’a offert la rondelette somme de 20$ pour rédiger un article de 200 mots à propos de leurs robes de demoiselles d’honneur, article incluant un coupon, un lien vers leur site et des images de leurs collections. J’ai dit non. En plus, le courriel était en Comic Sans.» – Blogueuse mode avec plus de 20K abonnés sur Instagram.

Que retenir de tout ça? Premièrement, je crois qu’il faut que les gens qui sollicitent les créateurs de contenus pour des activités commerciales réalisent que s’ils ont besoin d’eux, c’est qu’ils ont une valeur. Il faut aussi penser à l’impact des contenus non-rémunérés sur l’avenir des métiers liés à la rédaction. Finalement, les créateurs de contenus devraient réfléchir à l’impact de leurs choix, autant quand ils acceptent de travailler gratuitement que s’ils disent oui à chaque compagnie qui est prête à inscrire leur nom sur un chèque. En gros, le mot clé est le respect. Le respect pour le travail des autres et le respect envers soi-même.

Je n’ai pas toutes les réponses, mais j’espère vraiment que tout le monde réussira à trouver son compte dans cette nouvelle réalité.

AJOUT : si vous avez des histoires LOL ou fâchantes à partager, venez twitter ça en utilisant le mot-clic #bloglifeMTL!

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