Tel que promis dans mon article sur le Campus Made in Blog, voici le premier billet de ma nouvelle série qui explore le monde des blogues. Ici, je vais vous parler très ouvertement des relations avec les marques, avec des exemples à l’appui. 

Ces dernières années, les marques ont découvert les avantages de travailler avec les blogueurs de la même façon qu’elles le font pour les chroniqueurs de magazines. Elles leur font parvenir des communiqués annonçant les nouveautés, les invitent à des lancements et leur offrent des produits à essayer. Elles les engagent aussi sous contrat comme ambassadeurs ou pour développer des contenus.

S’il n’est pas pertinent pour une compagnie de semer des échantillons à tout vent sans valider que les destinataires peuvent en faire quelque chose de pertinent, la valeur d’une bonne liste d’influenceurs a fait ses preuves. Je l’affirme car j’en ai fait l’expérience dans le cadre de mon travail chez Sid Lee, où notre département de contenu a activé plusieurs projets avec succès grâce à des influenceurs. Je pense entre-autres à Débarre ta ville et Gros Blogue.

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Selon une recherche de Technorati, 86% des influenceurs ont aussi un blogue. Les marques aiment collaborer avec les blogueurs, car ils donnent à leurs produits une visibilité plus naturelle et organique, en plus d’attirer des gens vers leurs sites et d’améliorer leur optimisation dans les engins de recherche (la bonne vieille SEO). En choisissant des influenceurs dont l’auditoire est engagé avec le type de produit ou d’expérience que représente la marque, cette dernière arrivera à s’exposer à de vrais clients potentiels. Les blogueurs aiment collaborer avec les marques, car cela leur permet de faire l’essai de nouveautés et de développer des contenus intéressants pour leurs lecteurs. Pour les blogueurs avec plus de portée et d’abonnés sur les médias sociaux, ces collaborations peuvent même se transformer en partenariat d’affaires, comme c’est le cas avec les billets commandités, contrats de rédaction, publicités sur le blogue, ou autres activités de publications rémunérées.

Je tiens à dire que si vous avez un blogue ou que vous pensez en lancer un, recevoir du swag ne devrait pas être votre premier objectif.

Il est important de ne pas oublier que si vous bloguez, c’est pour partager moments et découvertes avec vos lecteurs, pas pour faire un château fort avec des boîtes. Au bureau, les collègues qui voient passer les multiples livraisons qui sont destinées à mon blogue font souvent des blagues comme quoi ils vont bientôt publier le leur pour recevoir des cadeaux. Ce qui ne transparait pas, c’est que comme beaucoup de blogueurs, je travaille fort sur ma plateforme depuis des années, que je passe souvent mes soirées et mes samedis matins à écrire et que je suis toujours en mode on pour trouver de nouveaux sujets. Ça n’est pas un coup de chance de se retrouver sur des listes de RP : c’est le résultat d’un travail soutenu.

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À titre de nouveau blogueur, je vous jure que vous allez trouver le temps long si vous acceptez tout ce qui passe (et que vos lecteurs vont trouver ça lassant). Bloguer demande beaucoup d’efforts et de passion et c’est ce qui fera de votre blogue un succès à long terme. On entend parfois des gens accuser les blogueurs d’être de cupides profiteurs, cherchant seulement à amasser le plus gros butin possible, ou des naïfs dont les marques profitent en se tordant les moustaches. Mon expérience est que c’est le cas pour une minorité de blogueurs et qu’il est temps de passer à un autre appel.

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Travailler avec les marques

Il existe de plus en plus d’agences et de régies qui ont comme mission de mettre en contact des marques et des blogueurs. Je ne vais pas parler de ces activités de régie aujourd’hui, mais plutôt de la relation directe qui peut être développée entre un blogue et une marque, que ce soit par l’équipe de relations commerciales de la marque ou par la boîte de relations publiques qui la représente. Si cette façon de faire est devenue monnaie courante aux États-Unis et en Europe, c’est plus nouveau au Canada.

En tournage avec le camion de Landry & Filles pour l’émission Eat St. 

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Devant cette avalanche d’opportunités, les blogueurs doivent garder la tête froide et se poser quelques questions avant d’accepter les propositions de ces marques. Ils doivent aussi être très transparents et indiquer dans un article si le produit ou l’expérience dont ils parlent dans un billet a été offert à titre gracieux. Autant par éthique professionnelle que pour conserver à son blogue un côté personnel, il faut réfléchir un peu avant de s’embarquer dans ce carrousel commercial. Car accepter les bons produits, les tester avec soin et être transparent à propos des gratuités, c’est aussi respecter ses lecteurs.

Voici donc les questions qu’on devrait se poser avant de collaborer avec une marque.

1. Est-ce que j’aime cette marque?

N’acceptez pas de produits de marques qui ne vous parlent pas. On lit un blogue parce qu’on fait confiance aux goûts de son auteur et qu’on partage ses intérêts. C’est pratique de recevoir une caisse de sacs de farine artisanale, mais ça n’a pas vraiment d’intérêt pour nos lecteurs si on ne parle jamais de pâtisserie ou de boulangerie.

Je suis un super fan de Clarins, de DAVIDsTEA, et du restaurant Globe, avec qui j’ai développé de belles relations. C’est pour ça que j’en parle plus souvent que d’autres marques. 

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2. Est-ce qu’il y a une histoire à raconter?

Quand on m’offre un produit, je pense à ce qu’il pourrait m’inspirer comme histoire pour que le billet soit intéressant à lire. C’est bien beau de recevoir un produit, mais il faut aussi avoir une opinion ou une approche intéressante pour en parler dans un billet. Les marques essayeront parfois aussi de dicter l’histoire à raconter. N’oubliez pas que la rédactrice en chef de votre blogue, c’est vous. Restez ouvertes aux suggestions, mais n’oubliez pas que vous avez le dernier mot.

Après avoir lu sur Twitter que j’aime le vert menthe et le rétro, Kijiji m’a fait parvenir une chaise… achetée sur Kijiji. J’ai trouvé le concept génial (démontrer qu’on trouve de tout pour tous sur ce site), mais le meuble choisi ne correspond pas du tout à mes goûts, la chaise n’étant ni vert menthe, ni rétro-chic. Donc, je n’étais pas vraiment motivée à en parler ailleurs qu’ici.

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3. Est-ce que dix autres personnes vont raconter la même histoire que moi?

C’est normal que la saisonnalité et les lancements fassent en sorte que d’autres publications aient des thèmes similaires aux nôtres. Mais c’est un peu ennuyant quand une marque t’offre d’activer un concours et que que tu réalises que cinq autres plateformes ont publié la même chose en même temps que toi. Disons que ça limite la valeur ajoutée pour le blogue. C’est aussi une des raisons pour lesquelles je ne vais presque plus aux cocktails d’ouverture de bars et restaurants. C’est un peu lassant de lire les mêmes 150 tweets et de voir des photos des mêmes bouchées passer sur Instagram (surtout qu’on ne peut pas vraiment juger un restaurant qui vient d’ouvrir avec des canapés). Je ne peux pas blâmer mes confrères et consoeurs de le faire, je suis passé par là, mais c’est un choix personnel de limiter ce type d’activité.

J’ai reçu ce rouge à lèvres Bare Minerals à Alt Summit, tout comme les 500+ autres blogueuses qui y étaient. Les chances que j’en parle ailleurs que sur Instagram sont minces, même si je l’adore.

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4. Est-ce que j’y trouve mon compte?

La valeur n’est pas que monétaire. Parler de cocktails des fêtes en décembre va attirer des lecteurs. On dira donc oui quand on nous offrira un nouveau gin québécois. Essayer des produits Choix du Président un peu ludiques comme le cola aux biscuits aux brisures de chocolat me donne la chance de rédiger des billets humoristique. Il faut réfléchir et s’assurer que de parler d’un produit pourra nous attirer de nouveaux lecteurs, amuser les lecteurs actuels, améliorer notre SEO, etc.

Maquillage printanier reçu de Elizabeth Arden en mars, alors que tout le monde veut changer de look.

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5. Est-ce que le produit correspond à ma réalité personnelle?

C’est certain que s’adresser à un lectorat plus large en parlant de tout peut être une avenue. Personnellement, je préfère parler principalement de choses qui touchent à mon propre quotidien. Par exemple, étant célibataire et sans enfants, je n’accepte que rarement des produits qui sont reliés aux enfants ou à la famille car je ne trouve pas que je suis une bonne référence sur le sujet. Les marques qui prennent le temps de bien connaître la réalité des gens à qui elles envoient des produits ou des invitations auront un meilleur retour.

La marque de suppléments naturels pour animaux Zyklène avait envoyé cette médaille à mon chat. J’ai trouvé ça super mignon! Par contre, le nom du chien décédé d’une amie blogueuse avait été utilisé pour sa médaille. Oups!

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6. Est-ce que j’ai le temps de gérer les suivis?

Quand on reçoit un produit, il y a inévitablement un suivi qui est fait par la personne qui s’occupe de la marque. Parfois c’est un petit courriel, parfois c’est trois, parfois c’est un coup de téléphone. Je réponds toujours aux courriels, mais rarement aux téléphones. Si je publie un article, je donne vite le lien à la relationiste concernée. C’est la moindre des choses. Tout ça demande du temps et il faut y penser.

Quand j’ai publié mes articles sur la Suisse, j’ai fait parvenir les liens aux gens qui avaient rendu le voyage possible. Non seulement c’est de bon alois, mais ça provoque aussi plus de visites, car ces gens partageront à leur tour les billets dans leurs réseaux.

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7. Est-ce que j’ai de la place dans mon calendrier éditorial?

À moins d’avoir un blogue consacré à 100% aux bancs d’essais, à un sujet niche ou de publier beaucoup, il faut savoir monter son calendrier éditorial avec un peu de diversité.

OPI me propose des échantillons pour toutes leurs collections, mais je ne demande de recevoir que celles dont je veux vraiment parler, car ça lasserait rapidement mes lectrices. 

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Finalement, je vous recommande fortement d’ajouter à votre blogue une politique éditoriale. Vous pourrez y référer les représentants des marques afin qu’ils entreprennent leurs collaborations en toute connaissance de cause. C’est aussi un bon moyen de partager votre point de vue sur la transparence avec vos lecteurs.

N’hésitez pas à commenter ce billet avec vos questions, j’y répondrai avec plaisir.

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